Il y a 70 ans, la Décentralisation Théâtrale
Il y a 70 ans maintenant, l’objectif de la décentralisation culturelle engagée par Jeanne Laurent était d’amener le théâtre dans les régions de France. En allant sur le terrain, en itinérance, à force de pédagogie, les metteurs en scène qui ont initié cette aventure parvenaient à créer une rencontre entre le public et les textes de répertoire ou contemporain. Le public mis en confiance par ce travail de proximité, s’autorisait à découvrir des oeuvres qui lui paraissaient éloignées, étrangères, voire interdites par leur milieu social.
Nous devons nos études dans le cinéma et le théâtre à l’ouverture qu’a représenté l’installation de la Comédie de Saint-Etienne pour nos grands-parents et parents. Nous sommes issus d’une famille qui a été profondément marquée par le travail entrepris par Jean Dasté. Cette histoire a d’ailleurs été le sujet du film de fin d’études d’Alexandre à La fémis : « Il n’y a pas de nom plus beau ».


Un contenu conçu pour l’écran
C’est un genre de décentralisation 2.0 que nous voulons faire à l’heure du tout écran. Nous voulons créer, grâce à notre dispositif, un contenu qui soit ludique, poétique et intéressant pour un public non initié à la fréquentation des lieux culturels. Nous voulons à la fois fidéliser un public et l’emmener vers des territoires d’écritures et de formes pouvant être considérées comme moins accessibles. Il ne s’agit pas de remplacer le théâtre, mais au contraire de susciter l’intérêt, d’aiguiser la curiosité et d’inviter à pousser les portes des lieux culturels.

Dans son livre Théâtre et Cinéma, Charles Tesson nous explique que « Théâtral » est un jugement critique très souvent négatif. Il est employé dans le langage commun le plus souvent par rapport à l’expression d’une émotion. Il est l’expression critique d’une maladresse cinématographique d’un réalisateur, il est le point précis où le spectateur ne croit plus en ce qu’il voit à l’écran alors qu’il prend conscience de l’artifice et de la fausseté de ce qu’on lui donne à voir.
« Théâtralité », bien au contraire, n’est pas un jugement de valeur négatif. Cette expression caractérise l’utilisation que fait le réalisateur de la scène théâtrale. Utilisation positive puisque le réalisateur met au service du cinéma « un lieu scénique et un espace à transformation ». Ce lieu devient alors le but de la mise en scène cinématographique. Assimilée par le spectateur, elle va provoquer en lui une émotion qui ne sera pas exactement celle exercée par une mise en scène cinématographique classique.
La Théâtralité est pour nous un espace concret et mental où le spectateur peut continuer à s’imaginer, à rêver les dimensions esquissées, suggérées par la mise en scène. C’est cette dynamique qui est au coeur de l’expérience de « A Scène Ouverte ».
Notre travail s’inscrit dans la tradition des « dramatiques » des années 60 comme « Dom Juan ou le festin de pierres » de Molière réalisé par Marcel Bluwal (1965) ou encore « Ubu Roi » d’Alfred Jarry réalisé par Jean-Christophe Averty (1966). Nos sources d’inspirations se situent également du côté d’Orson Welles, Alain Resnais, Lars Von Trier ou encore Jean Cocteau.








